Comme prévu, point de chiffres dans ce billet. Calmez votre excitation, les chiffres reviennent dans le prochain 😃
Car contrairement aux autres sections – soin et dépendance – il n’y a malheureusement pas d’indicateurs mesurant l’hébergement, dans le sens qualitatif en tous cas. Du coup, on trouve un peu de tout. On peut se renseigner sur les prestations fournies par l’établissement, c’est ce qu’on va aborder aujourd’hui, mais rien n’indique la qualité des services en question.

Les prestations minimales

Le décret n°2015-1868 du 30 décembre 2015 liste les prestations minimales d’hébergement qui doivent être fournies par les EHPAD. On les appelle « socle de prestations d’hébergement ». Leur entrée en vigueur s’est terminée au 1er janvier 2017.

Ce qui veut dire que tous les EHPAD fournissent au moins ces prestations – encore une fois, on ne parle pas ici de qualité, mais de type de prestations. En clair, cela signifie que l’établissement se doit de fournir ces prestations, facturées dans le prix de journée (j’y reviendrai plus longuement par la suite, c’est le tarif de base de l’établissement par jour), on ne peut pas vous les facturer à part. Il s’agit des prestations suivantes.

Précision : à moins que l’établissement soit dans l’illégalité, il n’est pas vraiment nécessaire de demander à la personne que vous rencontrerez si ces prestations sont bien fournies. En revanche, comme elles restent assez vagues et générale, vous pouvez poser des questions ou demander certains documents pour affiner vos recherches et comparer les établissements.

Prestation d’administration générale

Vous pouvez demander les jours et horaires d’accueil téléphonique et physique, s’il y a des jours et horaires de visite, comment il faut s’organiser si vous souhaitez prendre votre proche quelques jours chez vous.

Vous pouvez également demander l’organigramme de la structure : l’établissement fait-il partie d’un groupe ? Y’a-t-il une direction sur place ? Le service administratif (notamment le service facturation) est-il dans l’établissement ?

Certaines questions peuvent parfois sembler sans importance ou totalement décorrelées et pourtant : je vais parler d’un domaine que je connais, la RH. Lorsque le service RH n’est pas sur place et que les salarié·e·s galèrent pour poser leurs congés ou n’arrivent pas à obtenir une réponse claire à une interrogation sur leur bulletin de salaire parce que tout est décentralisé au siège et qu’on ne peut leur expliquer que par téléphone… eh ben mine de rien, c’est des soucis, c’est un peu d’agacement, qui, parce que nous sommes tou·te·s des êtres humains, peut rejaillir sur l’humeur du ou de la salariée pendant ses heures de travail. Vous voyez, c’est pourtant un exemple bête, d’un truc qui a priori n’a aucun rapport avec les prestations de service fournies par l’établissement.

Et même pour vous, si vous avez un proche en établissement où la direction n’est jamais sur place, où vous devrez appeler 25 fois un standard téléphonique pour tomber enfin sur quelqu’un qui a le pouvoir de répondre à votre question ou de solutionner votre problème, vous risquez d’en avoir rapidement marre.

Prestation d’accueil hôtelier

Demandez la superficie moyenne des chambres, sont-elles toutes doubles ? Possèdent-elles un balcon, un petit morceau de verdure ? Pourrez-vous personnaliser la chambre (cadres, meubles, etc.). À quelle fréquence le ménage est-il fait dans les chambres ? Où se trouve Internet dans l’établissement (ce n’est pas la même chose de passer un appel vidéo dans un petit salon à l’écart ou en plein milieu de la salle à manger) ?

Et d’autres critères qui pourraient avoir leur importance : est-il facile de se garer ? D’y accéder en transports en commun ? Y’a-t-il un endroit où faire quelques courses à proximité ? Peut-on s’y promener (parc, jardin) et si oui, est-ce accessible pour les personnes à mobilité réduite ?

Prestation de restauration

Les repas sont-ils confectionnés sur place ou livrés tout prêt ? Y a-t-il des menus de remplacements pour les résident·e·s qui n’aimeraient pas le plat du jour ? Même si le menu de remplacement, c’est systématiquement jambon-coquillettes, c’est toujours mieux que d’imaginer votre proche fouiller ses placards ou se gaver de pain parce qu’il n’a pas aimé les deux repas précédents ! Pourrez-vous manger avec iels ? À quel tarif ? Y a-t-il des menus à thème ? Des repas de fête ? Pour quelles occasions ? D’ailleurs, n’hésitez pas à demander le menu de la semaine, ça peut donner une idée. À quelle heure sont servis les repas ?

Prestation de blanchissage

Attention, je précise pour celleux qui ne sauraient pas : le linge plat, c’est les draps et les serviettes. C’est pourquoi, certains établissement facturent en plus l’entretien du linge personnel des résident·e·s (les vêtements).

Prestation d’animation de la vie sociale

Vous pouvez demander le nombre moyen d’animations par semaine, si elles sont assurées par le personnel de l’établissement (et si oui, par le personnel soignant ou accompagnant ou par un animateur) ou par des intervenants extérieurs spécialisés (zoothérapie, art-thérapie, musicothérapie, etc.).

Je vous encourage d’ailleurs à demander le programme d’animations de la semaine (car mettre les résident·e·s devant un film peut compter dans l’établissement comme une animation… alors une fois le dimanche, ça va, mais si le programme d’animation ne consiste qu’en ça, c’est un peu léger). Y’a-t-il des animations de fêtes à l’intérieur ou à l’extérieur (spectacles, karaoké, etc.) ? Et des animations participatives (loto, chorale, gymnastique douce, etc.) ?

Les prestations complémentaires

Au-delà de ce socle de prestations, un établissement peut proposer d’autres prestations, facturées à part. Les repas visiteurs par exemple, ou une boutique : pour éviter aux résident·e·s ou à la famille de se déplacer pour acheter des produits d’hygiène, l’établissement peut acheter des stocks et les revendre à prix coûtant.

L’établissement peut également fournir des prestations supplémentaires sans surcoût sur le prix de journée, par exemple : l’entretien du linge des résident·e·s (d’ailleurs, la lingerie est-elle sur place ou externalisée ?), la fourniture d’un poste de télévision dans la chambre, des bains thérapeutiques ou une salle de balnéo, une bibliothèque, etc.

Bref, il est important de se renseigner sur les prestations complètes d’un établissement, car ce sont ces petites choses a priori anodines qui peuvent rendre la vie plus agréable aux résident·e·s. Encore une fois bien sûr, vous pourriez trouver un établissement avec une super plaquette publicitaire de dix pages et une qualité de service pourrie… C’est vrai, et malheureusement, outre le bouche à oreille, on ne s’en rend compte qu’une fois qu’on y est vraiment.


Au-delà des prestations de service de l’établissement, vous pourrez affiner vos recherches grâce à d’autres critères.

Capacité autorisée

La capacité autorisée d’un établissement, c’est le nombre de lits, autrement dit, le nombre de résident·e·s. Tout simplement. Vous remarquerez qu’on parle de « lits » et non de « chambres » puisqu’il peut y avoir des chambres doubles. Et un établissement de 50 résident·e·s ne sera pas géré de la même manière qu’un établissement de 200 résident·e·s.

Il faut savoir que faire tourner un EHPAD, c’est coûteux, c’est pourquoi vous trouverez rarement des établissements de moins de 50 ou 60 lits, c’est un peu comme un seuil de rentabilité. Mais je parle ici de la capacité totale et non de celle de l’établissement en lui-même. Un EHPAD en soi n’est pas une personne morale, il est géré par une association ou une société, qui peuvent être mono-établissement (elles ne gèrent qu’un seul EHPAD), ou multi-établissement. Donc le seuil de 50 lits que je vous indiquais concerne un seuil de rentabilité pour la structure gestionnaire (il reste encore dans les campagnes plusieurs établissements d’une vingtaine ou trentaine de lits mais qui font partie d’un groupe).

Petite précision parce que même si le reportage de France 2 dénonçait une réalité, certains groupes gérant des EHPAD ne sont pas à but lucratif. Je parle de ce que je connais : les associations Monsieur Vincent et Santé Bien-être qui gèrent les établissements de la Compagnie des Filles de la Charité en font partie.

Bref, tout ça pour dire, pensez à demander la capacité autorisée de l’établissement et si l’établissement fait partie d’un groupe et si oui, lequel (et allez ensuite vous renseigner sur societe.com pour voir si c’est le genre de groupes qui génèrent des milliards dans un secteur qui à mon sens ne devrait pas être à but lucratif : le service à la personne).

D’ailleurs, tant que vous y êtes, demandez comme ça en passant le nombre de salariés (et si vous pouvez, plus spécifiquement le nombre d’AS et ASH) car le ratio personnel / résident est intéressant à avoir. Plus il est proche de 1 et plus il y aura de personnel pour accompagner et soigner votre proche.

Type d’hébergement

Je ne parlerai pas ici des établissements pour personnes âgées non dépendantes (Maison de retraite non médicalisée ou EHPA, résidence-autonomie, résidence service, etc.), ni des USLD (Unité de Soin Longue Durée), ce n’est pas mon sujet ici.

Tous les EHPAD ne se ressemblent pas, ils varient selon la population accueillie. Car selon les pathologies de votre proche, iel n’aura pas accès à tous les EHPAD. Pourquoi ? Parce que certaines pathologies requièrent des structures spécialisées, et ce, afin de fournir à la personne les meilleurs soins et le meilleur accompagnement possibles. Il arrive d’ailleurs qu’un·e résident·e change d’établissement selon l’évolution ou l’apparition de pathologies.

Bref, tout ça pour dire que certains EHPAD possèdent des unités spécifiques, en plus de leur activité principale « classique », je dirais. C’est le cas des PASA et des UHR (je les détaille ensuite). Il est toujours intéressant de savoir si l’établissement que vous prospectez possède ce genre d’unités, car cela aura un impact sur le type de résident·e·s accueilli·e·s et donc sur l’environnement global de l’établissement.

Le PASA - Pôle d’Activités et de Soins Adapaté

La circulaire du 06 juillet 2009 relative à la mise en œuvre du volet médico-social du Plan Alzheimer et maladies apparentées 2008-2012, que vous trouverez ici définit un cahier des charges assez précis sur ce qu’est un PASA, son financement, son fonctionnement, le public accueilli, l’architecture du bâtiment, etc.

Pour celleux qui n’auraient pas la motivation de lire cette trépidante circulaire, je vous fais un petit résumé.

Un PASA est un espace de l’EHPAD, non fermé, qui accueille dans la journée 12 à 14 résident·e·s de l’EHPAD souffrant de troubles du comportement modérés (souvent des résident·e·s atteints d’un début d’Alzheimer ou apparenté). La liste des résident·e·s susceptibles d’en faire partie est établie par une équipe pluri-disciplinaire en s’appuyant sur un questionnaire NPI-ES (Inventaire neuropsychiatrique version équipe soignante). Le PASA n’a pas vocation à accueillir indéfiniment les mêmes résident·e·s tous les jours, c’est pourquoi des évaluations neuropsychiatriques sont faites régulièrement.

On y propose des activités sociales et thérapeutiques adaptées à leurs pathologies, le but étant de réduire voire supprimer leurs troubles cognitifs et recréer du lien social. L’équipe soignante du PASA est composée d’un ou d’une psychologue, psychomotricien ou ergothérapeute, ASG (Assistant de Soins en Gérontologie). Point important : lea psychologue intervient pour les résident·e·s mais aussi pour le personnel soignant (il peut être pesant de travailler en PASA plusieurs mois d’affilée), et c’est même marqué dans la circulaire !

La particularité d’un PASA, c’est que ça ne fonctionne qu’en journée, le soir, les résident·e·s réintègrent leur chambre au sein de l’EHPAD.

L’UHR - Unité d’Hébergement Renforcé

L’autre volet de la circulaire évoquée ci-dessus concerne les UHR.

Contrairement au PASA, l’UHR est un lieu de vie et de soins : il fonctionne donc nuit et jour et accueille 12 à 14 résident·e·s d’EHPAD souffrants de troubles du comportement sévères. C’est une unité fermée, dans laquelle les résident·e·s dorment, prennent leurs repas, participent à des activités adaptées, bref, ne sont jamais « mélangé·e·s » aux autres résident·e·s de l’EHPAD.

Cependant, selon l’évolution de ses troubles du comportement, lea résident·e d’une UHR peut réintégrer l’EHPAD ou un PASA par la suite.

Le personnel d’une UHR est le même que pour un PASA avec en plus l’intervention régulière d’un médecin. Là encore, la circulaire prévoit un temps de psychologue pour le personnel.

On les appelle aussi communément UP (Unité Protégée, rien à voir avec Carl) ou UVP (Unité de Vie Protégée).

L’habilitation à l’ASH (Aide Sociale à l’Hébergement)

Pour aller plus vite, on l’appelle simplement l’Aide Sociale. Versée par le Département (du ou de la résidente, avant son entrée dans l’établissement), elle permet de prendre en charge tout ou partie des frais d’hébergement.

Il y a bien sûr plusieurs critères pour en bénéficier : âge, pays de résidence, ressources… D’ailleurs, le département fait une enquête financière sur les ressources de la personne et de sa famille proche.

Mais attention : tous les établissements ne sont pas habilités à l’Aide Sociale (c’est-à-dire ne peuvent pas accueillir de résident·e·s bénéficiaires de l’Aide Sociale) donc mieux vaut le savoir avant l’entrée.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! La prochaine fois, on parlera facturation 😃