L’activité d’un EHPAD se décompose en trois sections : l’hébergement, le soin et la dépendance. Suite à ma superbe introduction, j’ai choisi d’aborder en premier le volet de la dépendance. L’hébergement est un gros morceau qui me permettra d’enchaîner sur la facturation et que je traiterai donc en dernier. Aujourd’hui, nous allons donc voir « le soin » : qu’est-ce que c’est ? Comment ça se mesure ? Qui le finance ?

Le soin

Une des définitions du soin c’est l’intérêt ou l’attention qu’on a pour quelqu’un. Cela peut donc aller des actes infirmiers, des soins d’hygiène ou de confort.

Quand on parle d’indicateurs de soins, en EHPAD, on peut mesurer le niveau de l’offre en soins, par exemple :

Mais on peut aussi mesurer le niveau de besoin en soins des résidents. Attention à ne pas confondre le besoin en soins avec la dépendance.

Petit rappel : la dépendance c’est la perte de capacités physiques ou psychiques pour accomplir les actes de la vie quotidienne (déplacements, élimination – c’est le terme qu’on utilise pour parler continence urinaire ou fécale – toilette, alimentation).

Le besoin en soins est lié à une pathologie ou polypathologie. C’est donc totalement décorrélé de la dépendance, mais c’est vrai qu’en vieillisant, les deux vont souvent de pair. Par exemple, un résident peut être tout à fait indépendant dans les actes de la vie quotidienne mais souffrir d’une pathologie qui nécessite des soins médicaux (diabète, problème cardiaque, etc.).

En parallèle du GIR et du GMP qui mesurent la dépendance, le modèle PATHOS et le PMP (que j’explique juste après) permettent de mesurer le niveau en soins d’un résident et de l’établissement.

Quelques précisions cependant avant de vous détailler tout ça : les indicateurs que je vais vous présenter dans cet article ne vous donneront pas vraiment d’indications sur le type d’établissement que vous visitez (vous allez comprendre pourquoi en lisant la suite).

Mais pour votre culture, et parce que je voulais vous présenter une vision globale de ce milieu, il était important que j’en parle. Allez, faites-moi confiance, c’est intéressant aussi !

Le PATHOS

Pour celleux qui dormaient en cours de grec ancien, le mot pathos signifie entre autre « souffrance ».

Et c’est reparti pour les sigles : le service médical de la CNAMTS (Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés) et le SNGC (Syndicat National de Gérontologie Clinique) ont travaillé ensemble sur un outil qui permettrait de mesurer cet indicateur.

Ils ont accouché du « modèle PATHOS » qui, je cite :

… évalue à partir des situations cliniques observées les soins médicotechniques requis pour assumer la prise en charge de toutes les pathologies d’une population de personnes âgées en établissement ou à domicile.
Modèle PATHOS 2017

Cet outil permet donc de déterminer, pour chaque personne, les pathologies dont elle souffre à partir d’une liste pré-définie de 50 états pathologiques et leur niveau de gravité. L’algorithme détermine alors le « profil pathologique » de la personne et en déduit le niveau de soins nécessaire pour chaque patient par « poste de ressources » (médecin, psychiatre, infirmier, rééducation, psychothérapie, biologie, imagerie et pharmacie) puis un savant calcul agrège toutes ces données et en sort le PMP de l’établissement (on en reparlera après). Pour celleux qui veulent rigoler un coup, je vous mets ici le document officiel de la CNSA, qui explique le modèle PATHOS et contient la formule magique du PMP.

Le PMP

Allez un dernier pour la route : le PMP c’est le Pathos Moyen Pondéré. C’est l’indicateur global, à un instant T, du besoin en soins de toute la population étudiée. La moyenne nationale en 2015 était à 181.

Précision n°1 : Je ne voudrais pas vous raconter de bêtises ici, j’avoue que je n’ai encore jamais participé à une coupe PATHOS (calmez-vous, Nadal n’a rien à voir là-dedans, c’est comme ça qu’on dit quand le médecin de l’ARS - Agence Régionale de Santé - vient vérifier qu’on a pas inventé des poly-pathologies à tous nos résidents pour avoir une plus grosse dotation !) donc je n’ai pas vraiment d’abaque sur le sujet et je préfère ne pas me fier à tout ce que je lis sur Internet. Autrement dit, je ne peux pas vous donner d’ordre d’idée sur une fourchette de PMP en EHPAD…

Précision n°2 : en réalité, le calcul de cet indicateur demande un travail colossal aux équipes médicales et soignantes et doit être validé par un médecin de l’ARS, autant vous dire qu’on ne s’amuse pas à le faire tous les jours. Or, comme le GMP, cet indicateur évolue en permanence (parce que les pathologies elles-mêmes évoluent ou parce que la population concernée change).

Précision n°3 : même si ce chiffre est important pour l’établissement (parce que c’est lui qui sert de base au calcul de la dotation de l’ARS notamment !), il ne vous donnera pas vraiment de précision quant au profil de l’établissement parce qu’il s’agit d’un agrégat… en d’autres termes, c’est comme additionner des choux et des carottes ! En effet, le PMP mesure des besoins en soins aussi variés qu’un suivi psychiatrique ou des prises de sang régulières pour diabète ! Donc pour un même PMP dans deux établissements différents, vous pourriez y trouver une population totalement différente…


Mais comme je le disais, je ne pouvais pas faire un panorama des EHPAD sans parler de la section soin et ses indicateurs. Dans le prochain billet, on parlera du dernier volet des EHPAD : l’hébergement !

Stay tuned ;)