Pour celleux qui n’auraient pas lu l’article précédent (allez le lire !), j’ai décidé de faire une série de billets sur mon monde professionnel : les EHPAD. Je ne vais donc pas parler RH pendant plusieurs billets… Ohhhh nion ! Je sais, je sais, votre tristesse n’a d’égal que votre désespoir à l’annonce de la retraite de Michel Sardou ! Allez, séchez vos larmes, je vous promets, ce sera intéressant quand-même !

J’aimerais parler ici et dans les articles qui vont suivre, de certaines questions à poser lorsqu’on cherche un EHPAD pour un proche ou soi-même (j’ai peut-être un lectorat âgé ?). Attention, je le précise à chaque fois : je ne prétends pas avoir toutes les réponses, et pour ce sujet bien précis, ce n’est pas une recette magique. Plusieurs établissements peuvent avoir sur le papier les mêmes caractéristiques mais ça ne reste que ça : des chiffres et des jolis mots sur le papier. Car comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, un EHPAD c’est avant tout des êtres humains.

Un EHPAD c’est un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes. Mais c’est quoi une personne âgée dépendante ? Est-ce que toutes les dépendances se ressemblent ? Comment calculer son niveau de dépendance ? Quels impacts peut avoir la dépendance sur un établissement ? Quels sont les frais liés à la dépendance ? Bref, parlons aujourd’hui de dépendance (pour mon lectorat dév. : aucun paquet npm ne sera maltraité durant cet article).

La dépendance

La dépendance c’est le fait de nécessiter une aide extérieure, matérielle ou humaine, partielle ou totale, temporaire ou définitive pour accomplir tout ou partie des actes de la vie quotidienne.

Attention à ne pas confondre avec l’autonomie qui est, pour une personne, sa capacité se gouverner. Donc quand vous lisez (sur pleeeeeeeein de sites) que la dépendance est une perte d’autonomie, ce n’est donc pas tout à fait vrai.

En pratique, dans un établissement, on agrège dépendance et perte d’autonomie pour mesurer le « degré de dépendance » d’une personne.

La grille Aggir

La grille nationale Aggir (Autonomie Gérontologie-Groupe-Iso-Ressources) permet de mesurer le niveau de dépendance d’une personne.

Cette grille se compose de 10 activités corporelles et mentales (dites discriminantes) et 7 activités domestiques et sociales (dites illustratives). En réalité, le niveau de dépendance d’une personne ne se calcule que sur les 10 activités discriminantes, les 7 autres servent simplement à apporter un complément d’information sur ses capacités.

Activités corporelles et mentales :

Je ne mets pas la liste des activités domestiques et sociales, mais vous pouvez la trouver ici.

Chacun de ces 17 critères se décline ensuite en trois degrés d’accomplissement de la tâche en question par la personne :

Lorsque la personne est à domicile, c’est le médecin traitant qui remplit une version simplifiée de cette grille dans le dossier d’entrée en établissement (qui désormais doit se faire en ligne pour tous les établissements sur le site viatrajectoire.

Lorsque la personne est en établissement, c’est en général une équipe pluridisciplinaire (par exemple, un·e cadre de santé avec un·e médecin coordinateur·trice et des soignant·e·s, éventuellement un·e psychologue) qui la remplit.

Le GIR

La grille Aggir est donc basiquement un tableau à double entrée, chaque case ayant une valeur prédéterminée et par un savant calcul, les données sont ensuite agrégées pour déterminer le GIR de chaque résident.

Le GIR ? C’est quoi ce truc ? Déjà ça se prononce comme dans girouette et pas G.I.R. ou « guir » (du coup, moi je dis un gif et pas un guif… ready ? fight !!!).

Le GIR c’est un acronyme qui signigie Groupe Iso-Ressources… C’est tout de suite beaucoup plus clair hein ? Ou pas… Assorti d’un chiffre de 1 à 6 c’est l’indicateur qui détermine le niveau de dépendance d’une personne :

Vous l’aurez compris, plus le GIR est faible, plus le niveau de dépendance est élevé. Et de manière générale, une personne en GIR 6 peut tout à fait vivre à domicile, une personne en GIR 4-5 peut vivre à domicile avec plus ou moins d’aide extérieure (IDE libéral·e, aide ménagère…). Pour les autres, c’est plus compliqué.

Ne soyez pas étonné·e si le médecin traitant vous indique un GIR qui n’est pas le même que celui qui sera déterminé à l’entrée en établissement. Ce qu’on observe généralement d’ailleurs c’est que le GIR est plus faible en établissement qu’à domicile (souvent une personne qui était en GIR 5 à domicile est classée GIR 4 en établissement). Je ne sais pas exactement pourquoi mais c’est la tendance.

Et tant qu’on en est à être parfaitement honnête entre nous : l’entrée en établissement provoque de fait une petite augmentation de la dépendance de la personne. Quand on y réfléchit, c’est assez logique : en établissement, vous ne faites plus à manger, les courses, le ménage, ni même parfois votre lit. Or, accomplir ces actes bénins de la vie quotidienne permet à la personne âgée de bouger, agir, et, on l’oublie souvent, de ressentir un contrôle sur sa propre vie et un sentiment d’utilité.

La plupart du temps, cela a tendance à s’effacer un peu quand on entre en établissement. C’est pourquoi il faut tout faire pour prendre en considération les capacités du résident et le laisser faire plutôt que faire à sa place, aussi longtemps que possible. Alors, certes, parfois ça prend un peu plus de temps mais à sa place : que préféreriez-vous ?

Le GMP

Oui, dans le secteur on aime beaucoup les acronymes ! Le GMP c’est le GIR moyen pondéré, c’est à dire le niveau de dépendance moyen des résidents d’un établissement. Je vous fais là aussi grâce de la formule de calcul qui ferait jouir un énarque en moins d’une seconde. Il va de 0 à 1000 : en gros un établissement avec un GMP de 0 n’a que des résidents en GIR 6, un établissement avec un GMP de 1000 n’a que des résidents en GIR 1. Je vous rassure, on ne voit pas souvent ces deux extrêmes !!!

Ce qu’il faut retenir c’est que plus le GMP d’un établissement est élevé, plus le niveau de dépendance moyen de ses résidents est élevé.

On peut également agréger les GMP des établissements d’un département pour obtenir une moyenne de moyenne, même si comme toutes les moyennes, elle a ses limites. Par exemple, en Dordogne où je travaille actuellement, la politique du Conseil Départemental incitant fortement le maintien à domicile, le GMP moyen des établissements est de 763, ce qui est déjà beaucoup ! Du coup, la moyenne de durée de séjour est assez courte (en gros : les résidents rentrent très dépendants et sont donc rapidement en fin de vie).

C’est donc une question qui peut avoir son importance lorsque vous cherchez un EHPAD pour votre proche parce que la réponse vous donnera une idée (même vague) de l’environnement dans lequel ielle va vivre : ses colocataires, les animations susceptibles d’y être proposées, etc.

L’APA

Je vous avais prévenus : nous on aime les sigles. L’APA, c’est l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, une aide financière permettant d’absorber une partie des frais liés à la dépendance (à domicile ou en établissement).

Seules les personnes âgées de plus de 60 ans et en GIR 1 à 4 peuvent en bénéficier (ce qui est logique puisqu’on a vu que les niveaux de dépendance des personnes en GIR 5 et 6 ne nécessitaient que peu voire pas d’aide extérieure).

Je ne m’étendrai pas sur l’APA à domicile car ce n’est pas mon sujet mais si vous avez des proches susceptibles d’en bénéficier, n’hésitez pas à faire la demande de dossier auprès de votre mairie ou CCAS. Toutes les informations ici.

Quant à l’APA en établissement (dont la valeur est calculée différement), comment ça marche ? Ce sont les mêmes conditions préalables que pour l’APA à domicile : être âgé·e d’au moins 60 ans et être en GIR 1 à 4. Je ne vais pas trop entrer dans les détails de la facturation en EHPAD car cela fera l’objet d’un article plus détaillé ultérieurement. Mais pour rester simple, en EHPAD, vous allez payer l’hébergement et la dépendance.

Le tarif dépendance est fixé par le Conseil Départemental et réévalué tous les ans, et dépend du GIR de la personne :


Bon à savoir n°1 : si l’établissement a moins de 25 lits, l’APA établissement n’est pas possible, il faudra demander l’APA à domicile.


Bon à savoir n°2 : si vous êtes en établissement de moins de 25 lits, pour pouvoir bénéficier de l’APA à domicile, il faut que l’aide soit extérieure à l’établissement (par exemple, un·e auxiliaire de vie non salarié·e de l’établissement qui passe faire le ménage de votre chambre).


Bon à savoir n°3 : vous n’avez pas à en faire la demande si l’établissement reçoit une dotation globale APA du département et que votre domicile de secours est situé dans le même département que l’établissement (le domicile de secours étant le domicile – hors établissement hospitalier ou médico-social – où vous avez séjourné au moins trois mois avant l’entrée dans l’établissement). L’APA sera alors automatiquement déduit de votre facture.

Si en revanche ces deux critères ne sont pas remplis, vous devrez faire la demande vous-même, vous percevrez alors l’APA directement et vous vous acquitterez du tarif dépendance auprès de l’établissement.


Pensez donc à demander si l’établissement reçoit une dotation APA globale pour anticiper les démarches administratives.

En principe, l’APA en établissement doit couvrir le tarif dépendance en vigueur dans l’établissement, mais selon vos revenus, il est possible qu’une partie de ce tarif reste à votre charge.

Voila, je pense avoir fait le tour de la dépendance… Le prochain article sera plus court (enfin, normalement), nous y parlerons de soins.